Résumé

  • Les minorités religieuses toujours plus visées par les lois anti-blasphème
  • Des sénateurs américains demandent instamment au secrétaire d’État Antony  Blinken d’aborder la persécution accrue

WASHINGTON D.C., le 14 juillet 2021 – Cinq sénateurs des États-Unis, deux républicains et trois démocrates, ont signé cette semaine une lettre adressée au secrétaire d’État des États-Unis Antony Blinken. Ils expriment leur préoccupation et demandent une action urgente contre la persécution accrue des minorités religieuses en Algérie. Des protestants ainsi que des musulmans Ahmadiyya ont récemment été visés par des lois sur le blasphème pour leur prétendue participation à des actions offensantes du point de vue religieux. Par ailleurs, le gouvernement a refusé de rouvrir de nombreuses églises protestantes fermées systématiquement depuis 2018.

« Personne ne devrait être discriminé à cause de sa foi. L’hostilité ouverte envers les minorités religieuses que nous constatons en Algérie n’est autre qu’une tentative délibérée d’empêcher la diffusion du christianisme et constitue une attaque contre la liberté religieuse de tous. Tout le monde a le droit de choisir et de pratiquer librement sa religion, en public ou en privé, sans crainte ni persécution. Nous demandons instamment au gouvernement algérien de protéger cette liberté fondamentale garantie à tous », a déclaré Kelsey Zorzi, Directeur du plaidoyer pour la liberté religieuse chez ADF International.

La discrimination religieuse persiste partout en Algérie
La campagne ciblée de fermeture d’églises en Algérie a forcé treize églises à fermer leurs portes, tandis que cinquante autres lieux de culte risquent de devoir en faire de même. Parmi les églises fermées se trouve notamment la Full Gospel Church à Tizi Ouzou, la plus grande église protestante du pays, comptant plus de 1200 membres. Elle est fermée depuis 2019.

Les tribunaux algériens ont également visé des membres de la communauté Ahmadiyya, qu’ils accusent de différents crimes liés à l’expression de leur religion. Au mois de décembre de 2020, des dizaines d’Ahmadis ont été jugés et condamnés parce qu’ils auraient offensé le prophète Mohammed, distribué des tracts, et se seraient livrés à des actes de culte sans agrément, malgré le fait que l’État algérien refuse de reconnaître officiellement les Ahmadis comme une minorité religieuse.

Dans un communiqué de presse récent, Anurima Bhargava, présidente de la Commission sur la liberté religieuse internationale des États-Unis (USCIRF), note que « Les nouvelles condamnations et les peines sévères infligées aux musulmans Ahmadis en Algérie démontrent l’existence d’une persécution systématique et continue à motivation religieuse » et que « le gouvernement des États-Unis devrait exhorter le gouvernement algérien à agir avec célérité pour inverser cette tendance inquiétante ».

Violation du droit international et national
L’Algérie est signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Ce traité international en matière de droits de l’homme garantit le droit à la liberté de pensée, de conscience, et de religion. La Constitution algérienne, quant à elle, garantit le droit de conscience, d’opinion et de culte. Les actions récentes contre les minorités religieuses constituent donc une violation autant du droit international que du droit national algérien.

Des gouvernements étrangers tout comme la communauté internationale continuent à dénoncer cette discrimination perpétrée par le gouvernement algérien. Plus tôt cette année, l’USCIRF a recommandé l’inclusion de l’Algérie dans la Special Watch List (liste de surveillance spéciale) du ministère des Affaires étrangères des Etats-Unis, qui reprend les pays qui se livrent à des atteintes sévères à la liberté religieuse ou qui tolèrent celles-ci.

La lettre signée par les sénateurs Marco Rubio (R-FL), Tim Kaine (D-VA), Thom Tillis (R-NC), Cory Booker (D-NJ), et Ben Cardin (D-MD) envoie un signal identique : la communauté internationale suit de près ce qui se passe en Algérie. La lettre appelle le secrétaire d’État Blinken à faire part à de hauts fonctionnaires algériens de ses inquiétudes quant à la liberté religieuse en Algérie.

Les sénateurs écrivent : « En décembre 2020, le Congrès a approuvé avec une écrasante majorité une résolution bipartite appelant à l’abrogation des lois anti-blasphème et anti-hérésies ainsi que des lois sur l’apostasie partout dans le monde, montrant ainsi une fois de plus combien la liberté religieuse internationale est chère aux deux partis américains. C’est dans cet esprit que nous nous redisons profondément préoccupés par le traitement réservé aux minorités religieuses en Algérie, et que nous réitérons que la liberté de pratiquer librement sa religion constitue une des valeurs les plus sacrées de notre nation, et est un droit humain universel. »

Des démarches similaires sont déployées en parallèle partout dans le monde, entre autres au sein du Parlement britannique et du Parlement européen. Cette approché mondiale coordonnée cherche à envoyer un message clair : la communauté internationale ne tolèrera pas la discrimination des minorités religieuses.

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